Lettre ouverte à Emmanuel Macron Président de la République
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Objet : explosion à Beyrouth d’un engrais chimique

Monsieur le Président

Je vous écris cette lettre que vous lirez peut-être si vous prenez le temps. Ce temps si précieux après lequel l’humanité court pour aller à sa perte.
Pour votre information, j’ai présidé les Amis de la Terre Midi-Pyrénées, ainsi que l’Association contre les Nuisances et Pollutions industrielles que j’ai co-fondée. J’ai également co-écrit avec Henri Farreny « Chronique d’un désastre annoncé » aux éditions Cépadues, suite à la catastrophe d’AZF à Toulouse. Nous tirions la sonnette d’alarme depuis de nombreuses années.
Votre déplacement au cœur de la catastrophe de Beyrouth et en particulier de sa population en détresse, vous honore. Cependant je voudrais juste comprendre certaines choses, notamment après les conclusions de la Convention Citoyenne sur le Climat.
Vous n’êtes pas sans ignorer que la matière première qui a explosé à Beyrouth est le nitrate d’ammonium, un engrais qui sert « à nourrir » les champs cultivés dans le cadre de l’agriculture intensive et j’ajouterais mortifère. Ce même ingrédient a provoqué la catastrophe d’AZF à Toulouse.
Et si, monsieur le Président, au niveau de notre pays et de l’Europe qui vous est chère, nous donnions l’exemple en changeant de paradigme agricole, en favorisant le développement de l’agriculture paysanne que défend la Confédération Paysanne, à savoir l’agroécologie. J’ai du mal à comprendre votre position en matière d’Écologie quand j’entends que les gros cultivateurs de betteraves à sucre viennent d’obtenir l’autorisation d’utiliser les néonicotinoïdes qui tuent les abeilles et l’ensemble des insectes pollinisateurs -qui nous permettent de déguster de bons fruits et légumes-. Et ces immenses champs de maïs qui sont arrosés en plein soleil… Quand le vois ces champs de betteraves, de maïs, de blé… à perte de vue en monoculture, sans aucune haies de protection, j’ai du mal à comprendre ces tergiversations politiques en fonction des intérêts des uns et des autres, au détriment d’une véritable politique en faveur d’une agriculture paysanne, écologique qui crée des emplois tout en nous protégeant.
Monsieur le Président, je vous fais une proposition simple qui fait juste appel au bon sens :
En effet, ces grosses exploitations agricoles soutenues par les multinationales de l’agro-alimentaire, voire par les dirigeants de la FNSEA, nous empoisonnent, alors que les paysans en agroécologie nous protègent. Il me semblerait normal que les industriels qui vendent des phytosanitaires (pour ne pas dire poisons) et ces grosses exploitations qui les utilisent paient un impôt conséquent pour mise en danger d’autrui. Cet impôt servirait à subventionner le passage en bio de certaines exploitations et à soutenir celles et ceux qui sont depuis longtemps en agroécologie. Il servirait également à renflouer les caisses de la Sécurité Sociale car les pesticides provoquent des cancers, maladie de Parkinson et d’Alzheimer… Il servirait également à la dépollution de l’eau, de l’air et des sols…
Je vous remercie Monsieur le Président pour votre attention et vous prie d’agréer l’expression de mes meilleurs sentiments.


Christian Moretto