L’eau, un bien commun
Partager

Les longues périodes de sécheresse se multiplient sous l’action du dérèglement climatique. Ces évolutions météorologiques impactent fortement l’agriculture. La question de l’irrigation et de l’usage de l’eau est un sujet d’actualité. Stocker en surface, avec le concours d’enveloppes publiques pharaoniques, de l’eau puisée l’hiver en prévision de l’été, voici la fuite en avant que défend sans relâche la FNSEA. Cette revendication récurrente, qui ne profite qu’à une poignée d’agriculteurs et entend confisquer notre patrimoine commun, est aussi relayée par le nouveau ministre de l’agriculture Julien Denormandie pour qui « pour permettre d’avoir l’eau l’été [il faudrait] capter l’eau de l’hiver. C’est aussi simple que cela, c’est le bon sens qui nous anime ». Cette posture revient, à grands renforts d’argent public, à se bercer de l’illusion que l’on pourra puiser indéfiniment dans les ressources naturelles sans conséquences, au mépris même des fondamentaux législatifs pourtant clairement énoncés dans la Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques (LEMA) et le code de l’environnement. De nombreuses recherches et expertises* montrent que d’autres systèmes et des combinaisons de pratiques existent et sont plus résilients face à la sécheresse mais aussi aux maladies. L’option « retenues d’irrigation » ne permettrait qu’à une minorité d’agriculteurs de poursuivre leur activité sans un quelconque effort d’adaptation et pour un effet à court terme seulement, laissant les autres sans solution. Il est essentiel d’opérer rapidement et massivement la transition agroécologique des fermes françaises, pour mieux réagir face aux dérèglements climatiques. Il est urgent de repenser les pratiques agricoles en fonction des ressources environnementales disponibles, et non l’inverse. Alors que, cet été, la sécheresse fait rage sur l’ensemble du territoire national et que le phénomène est en train de s’installer durablement et va très probablement s’aggraver avec les dérèglements climatiques, nous appelons les responsables politiques : – à prendre la mesure de l’urgence à agir réellement pour une transition agroécologique généralisée qui, seule, ouvre des perspectives durables pour tous. – à mettre les bouchées doubles, plutôt que de subventionner un système agricole productiviste qui encourage le gaspillage des ressources naturelles, pour mobiliser l’argent public afin d’accompagner les agriculteurs dans la mutation des pratiques, pour développer une agriculture écologique contribuant à l’atténuation et à l’adaptation au réchauffement climatique. Il s’agit là de la seule voie crédible pour, à la fois, aider les paysan-nes, créer des emplois et respecter les limites planétaires. L’eau est un bien commun : il faut donc travailler collectivement à son usage dans le cadre d’un projet de territoire.

Christian VALADE, Marie-Cécile SEIGLE-VATTE, Porte-parole EELV Groupe Local 31 Sud-Ouest Avec la Commission Agriculture et Ruralité d’EELV

*Tribune du Monde du 8 août 2020 d’un collectif de scientifiques «Face à la sécheresse, les retenues d’eau artificielles, une solution de très court terme»;«rapport d’information parlementaire sur la gestion des conflits d’usage en situation de pénurie d’eau» du 4 juin 2020; rapport de 2018 de la Cellule d’expertise du CGEDD et du CGAAER relative à la gestion quantitative de l’eau pour faire face aux épisodes de sécheresse, les préconisation de l’UNFCCC, de la FAO, les recherches de l’INRA, de SOLAGRO, les préconisations de l’ADEME, des agences de l’eau, des CIVAM…